La troisième édition de la FIFAe World Cup de Rocket League, relocalisée à Jeddah et censée se dérouler du 20 au 25 octobre, est reportée en raison des conflits persistants dans la région. Les organisateurs ont jugé que les conditions n’étaient pas réunies pour le maintien d’une telle compétition, alors que plusieurs attaques aériennes ont récemment touché l’aéroport de Riyad. La plus meurtrière, survenue le 10 octobre, a fait 13 morts et 309 blessés.
Lire aussi : Pas de Worlds pour la saison RLCS 2027 : le calendrier dévoilé par Rocket League Esports
La FIFAe reporte la Coupe du monde Rocket League 2026 à quelques jours de l’échéance
L’équipe de France, composée de Juicy, Vatira et zen, ne pourra pas remettre son titre en jeu à l’occasion de la FIFAe World Cup 2026. Ce mercredi 14 octobre 2026, la Fédération internationale du football électronique a confirmé sa décision de report qui « fait suite à une analyse des récents événements survenus dans la région et de leur impact sur les dispositions logistiques nécessaires à l’organisation du tournoi ». La FIFAe, à l’instar des fédérations nationales, entend privilégier la sécurité des joueurs, des spectateurs et des personnes impliquées dans l’organisation.
Avant même cette décision, la plupart des pays participants avaient, d’eux-mêmes, annulé leur venue. Le dimanche 11 octobre, 12 des 16 fédérations nationales qualifiées s’étaient retirées. Il ne restait que l’Arabie saoudite, la Jordanie, Oman et le Maroc (qui évaluait ses options). Ainsi, malgré des tentatives de maintenir l’évènement, les organisateurs ont dû se résigner à reporter la World Cup. Pour l’instant, aucune information ne précise de date de report officiel.
FIFA and the Saudi Esports Federation have announced the postponement of the FIFAe Finals 2026, originally scheduled to take place in Jeddah from 16 to 25 October.
— FIFAe (@FIFAe) October 14, 2026
The decision follows an assessment of recent developments in the region and their impact on the logistical… pic.twitter.com/MAb7mJNFHT
Une décision qui intervient après des mois de phases qualificatives. De fait, le circuit qualificatif avait été entièrement repensé pour cette édition 2026. Des dizaines de tournois online dans chaque région, cinq LAN continentales organisées par la FIFA : d’importants moyens ont été investis, pour rien. D’autant plus que ce report semblait assez prévisible. Pour rappel, l’Esports World Cup (EWC), ordinairement organisée à Riyad, en Arabie saoudite, avait été délocalisée à Paris quelques mois auparavant pour les mêmes raisons de sécurité internationale.
Les raisons du report : l’implication de l’Arabie saoudite dans la guerre civile au Yémen
Les reports et relocalisations successifs de tournois esportifs en Arabie saoudite s’inscrivent tous dans un contexte régional instable, marqué par la guerre civile au Yémen et par les interventions saoudiennes. Entre le 8 et le 11 octobre, plusieurs frappes aériennes ont touché l’aéroport de Riyad, faisant 19 morts et plus de 300 blessés.
Ces frappes aériennes ont été revendiquées par les Houthis : des rebelles yéménites qui contrôlent une partie du territoire du Yémen, dont la capitale Sanaa et le littoral donnant sur la mer Rouge. Les Houthis sont une organisation politico-religieuse chiite zaydite (un des courants du chiisme) issue des tribus du nord du pays. Depuis 2004, ce groupe est entré en conflit avec les gouvernements successifs du Yémen, jusqu’à déboucher, en 2014, sur une guerre civile entre les rebelles Houthis et les « loyalistes » (ceux qui soutiennent le gouvernement).

Les Houthis sont soutenus par l’Iran, qui est un ennemi historique de l’Arabie saoudite. De plus, ils contrôlent une partie du littoral yéménite : une position stratégique sur le détroit de Bab el-Mandeb, un passage essentiel pour le commerce des hydrocarbures. Pour ces raisons, depuis 2015, l’Arabie saoudite est à la tête d’une coalition internationale qui lutte contre les rebelles houthis. Depuis plus de dix ans, le conflit s’enlise, mais la guerre continue. La coalition internationale impose d’importantes restrictions sur les importations à destination du Yémen qui, combinées à la guerre civile, créent une très grave crise humanitaire. En 2017, l’ONU craignait déjà que le Yémen vive la « pire famine que le monde ait connue depuis des décennies ».
Depuis quelques semaines, « le Yémen a replongé dans une guerre à grande échelle, les hostilités s’étendant à plusieurs lignes de front », avertit Hans Grundberg, l’envoyé spécial des Nations Unies pour le pays. L’enjeu du détroit de Bab el-Mandeb devient encore plus central depuis la guerre entre l’Iran et les États-Unis qui perturbe également la circulation dans le détroit d’Ormuz. Les Houthis menacent désormais d’attaquer les navires commerciaux liés à l’Arabie saoudite en mer Rouge. Le royaume saoudien souhaite donc mettre un terme à cette poussée des rebelles houthistes qui profite à son rival iranien et qui menace ses exportations de pétrole. La guerre s’intensifie encore, au détriment des populations civiles.
L’organisation de tournois esportifs en Arabie saoudite menacée sur le long terme ?
La FIFAe World Cup n’est pas la première compétition impactée par les conflits en cours dans la région. Cet été, l’Esports World Cup (EWC) a été délocalisée à Paris pour les mêmes raisons. Et, il y a quelques semaines, avant les attaques aériennes d’octobre, c’est l’Esports Nations Cup (ENC), initialement organisée en novembre 2026 à Riyadh, qui a été reportée d’un an.
The inaugural Esports Nations Cup is postponed to November 2027.
— Esports Nations Cup (@ENC_EN) August 18, 2026
More information on our website: https://t.co/qYmapPZLhp pic.twitter.com/LPXQZKKgJO
L’Esports Nations Cup se présentait comme les Jeux Olympiques de l’esport. Un évènement exceptionnel, au cours duquel les nations du monde entier se seraient affrontées sur 16 jeux différents. La première édition devait se tenir dans quelques semaines, mais les organisateurs (l’Esports Foundation) ont pris la décision de reporter l’évènement à novembre 2027 « à la suite d’une évaluation de la situation régionale dans son ensemble et après consultation des principales parties prenantes ».
Ainsi, si la guerre au Yémen continue, il semble peu probable que l’Arabie saoudite puisse accueillir de nouvelles compétitions esport internationales dans un avenir proche. Faut-il délocaliser toutes ces compétitions dans d’autres pays ? La question se pose. L’Arabie saoudite reste un acteur quasi-indispensable pour le monde de l’esport. Son implication dans un conflit aussi violent questionne quant à la place qu’elle occupe au sein de l’écosystème esportif, tant que la paix ne sera pas effective dans cette région.