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Sevire : « J’aime bien la direction et la vision que Riot Games ont pour l’avenir du jeu »

Ethan "Sevire" Starke, joueur Valorant de l'équipe Mandatory évoluant en Challengers EMEA.
Pépite britannique de chez Mandatory, Sevire nous a accordé un entretien exclusif. Il revient sur sa fin de l’année 2025 avec l’arrêt de KCBS et son tournoi au sein de FNATIC, sa signature chez Mandatory et son possible futur dans le Tier 1.

C’est entre la fin d’un Stage 2 frustrant et fatigant, juste avant de commencer à travailler pour l’EMEA Challengers 3, que Ethan “Sevire” Starke a répondu à nos questions pendant plus d’une heure. De sa signature chez Mandatory, à sa pige chez FNATIC pendant l’off season, de ses trials en équipe du Tier 1 et de sa vision sur le futur compétitif de Valorant, le britannique nous a dévoilé une partie des coulisses de sa carrière. Ayant fait partie de trois grosses structures d’esport françaises, le joueur de 24 ans mesure néanmoins la chance qu’il a de vivre de sa passion.

Interview avec Sevire, joueur chez Mandatory

Sevire : Après mon aventure chez KCBS, j’ai eu quelques trials avec des équipes dans le Tier 1. Donc j’attendais leurs réponses avant de vraiment chercher dans le Tier 2. J’étais assez proche de rejoindre FNATIC, c’est d’ailleurs pour ça qu’ils m’ont emmené en Corée avec eux. Et j’étais aussi en lice pour rejoindre Gentle Mates. C’était entre moi et Glyph. Ils ont choisi Glyph, ce que je comprends au vu du changement de méta, mais aussi de leur style de jeu.

Mandatory, c’est une des équipes qui m’a contacté directement dès l’off season. De base, je ne voulais pas aller dans un roster où il fallait communiquer en français. Des fois avec la traduction, même si je suis bilingue, ça me dérangeait un peu. Mais j’étais vraiment intéressé par le projet. Avec les profils de joueurs et ce que l’organisation m’a offert, je n’avais pas de raison de dire non.

Kadavra est un joueur que je respecte énormément, Takas, Sh1n et Natank également. J’ai joué contre eux pendant plusieurs années. Même si on ne se connaissait pas personnellement, pendant les trials ça s’est bien passé. Ils m’ont aimé presque instantanément. Le roster que l’on a aujourd’hui, c’est le roster qu’ils voulaient avant même les trials. Je n’avais pas d’autres offres quand j’ai accepté. Mais même si j’en avais eu d’autres, je pense que Mandatory est celle que j’aurais choisie. Et je suis content de cette décision. On est très forts, ce sont aussi des gars en or et avec le coaching staff on fait du bon travail cette année.

Sevire : Je ne pense pas qu’elle était nécessaire pour moi. La différence entre le Tier 1 et le Tier 2, c’est surtout la préparation, la compréhension de la méta et de la mentalité des joueurs. Le Tier 2 m’a beaucoup servi pour apprendre le jeu, apprendre à travailler dans une équipe et plus largement dans un collectif au quotidien. Je pense qu’au début de cette année, et toujours maintenant, j’étais prêt à faire ce pas dans le Tier 1, d’aller à Berlin, et de jouer contre toutes les équipes VCT. Quand je les joue en praccs, ce sont des équipes normales, il n’y a rien de choquant.

Avec tous les progrès que j’ai faits depuis mon arrivée chez KCBS et jusqu’à maintenant, je pense avoir un bon niveau pour les VCT. J’ai un niveau et une confiance en moi qui font que je pense pouvoir m’intégrer assez facilement en VCT et bien me débrouiller. Le seul truc qui me manque est peut-être l’adaptation sur scène. J’ai fait seulement que deux LAN dans ma vie. Mais je pense quand même avoir la capacité de le faire. Si demain on m’appelle pour faire le Stage 2 des VCT, je suis confiant sur le fait de pouvoir faire gagner mon équipe.

Sevire : Je n’ai pas trop appris de choses vraiment in game je dirais, car ça s’est fait vraiment à la dernière minute. Le manager de FNATIC m’a contacté trois jours avant qu’on parte en Corée. Heureusement, même si j’étais déjà avec Mandatory, c’est tombé sur des jours de repos pour nous. Vu qu’on a eu très peu de praccs, les leçons que j’en tire, c’est surtout ce que les joueurs apportent. Leur calme, leur micro-comms pendant les matchs, ça m’intéressait vraiment. Ça se voyait que même sans beaucoup d’anti-strat, ils étaient très à l’aise. Ils savaient que le jeu était dans leurs mains.

Sevire : Je ne pense pas que c’est quelque chose qui me change en tant que joueur de jouer avec une équipe beaucoup plus expérimentée. C’est juste plus facile d’identifier les problèmes et de trouver les solutions. C’est la première équipe où on n’a pas beaucoup de problèmes en dehors du jeu. Tous nos problèmes sont liés au jeu. C’est plus facile de jouer avec des joueurs expérimentés parce qu’eux aussi ont vécu des difficultés dans leurs équipes. Donc ils savent que ça sera plus facile de trouver des solutions en en parlant. On ne se laisse pas emporter par nos émotions. Quand on débat, on essaye de rester concentré sur les faits, de pourquoi ce problème apparaît, et ça vient de leurs expériences. On fait souvent des blagues, notamment avec Sh1n, sur sa grande expérience qui va nous amener à la victoire *rires*.

Tout ça fait qu’on est sur la même longueur d’onde. Ça rend la vie plus facile à tout le monde. Si on est nuls, c’est parce qu’on n’est pas dedans ensemble. Il n’y a pas de grosses disparités entre les joueurs. Aussi, ma responsabilité dans l’équipe n’est plus la même. Par exemple, chez KCBS, j’étais le plus expérimenté et quand j’avais un mauvais jour, ça arrivait que je mette moins d’intensité dans mes comms. Et vu que les autres n’étaient pas trop expérimentés, personne n’arrivait à remonter le moral de l’équipe. Là, quand on dit les choses, nos coéquipiers le comprennent très rapidement.

Sevire : J’aime bien séparer ça en deux phases. Moi, au début de KCBS, j’étais un joueur avec du talent, qui savait jouer au jeu, mais qui ne comprenait pas vraiment ce qu’il se passait. J’attribue beaucoup de mérite à Pakko (ancien coach KCBS). Il m’a beaucoup appris sur sa méthodologie de jeu et j’étais en accord avec sa vision. Du coup, maintenant, je ne suis plus juste un joueur fort au jeu, mais je suis aussi un joueur intelligent. En termes d’adaptation et de faire face à des situations compliquées, je suis capable de trouver des solutions beaucoup plus rapidement. Je ne dirais pas que mon niveau de skill individuel a augmenté. En revanche, je sais me positionner dans des situations avantageuses. J’ai aussi joué plus de matchs, donc la pression, je la gère beaucoup mieux maintenant qu’avant. Niveau mental, je me suis amélioré aussi.

Chez KCBS , il y a des jours où j’étais très concentré. J’étais carré dans ce que je faisais et très vocal dans ma communication. Mais il y avait aussi des jours où j’étais plus timide dans le vocal, où ça ne se passait pas comme prévu. J’avais du mal à moi-même rebondir. Alors que maintenant, si on a un enchaînement de mauvais rounds pendant une pracc, j’ai la maturité de me dire “ok, là je suis un peu frustré donc viens, je prends une pause d’une minute où je reset, je vais marcher un peu ou boire de l’eau”. Et je vais revenir plus détendu.

C’est aussi de mon point de vue ce qui différencie les joueurs dans le Tier 2. De un, la constance mécanique, et de deux, leur performance mentale. Au niveau du skill, il n’y a pas de différence entre le meilleur joueur du monde et un mec que tu croises dans tes ranked. C’est cette maturité et cette capacité de te remettre en question qui fait la différence.

Dans ma vie, là où je vois une progression, c’est que je m’occupe de moi-même en dehors de Valorant. Je mène un mode de vie plus sain. J’ai fait une remise en question de comment je me prépare pour les praccs ou pour les jours de match. Il y a des erreurs que je faisais avant. Par exemple, je me levais tard, ensuite je faisais mes praccs, puis je mangeais, je rejouais à Valorant et j’allais me coucher.

Quand tu es dans ce cycle où tu n’as rien d’autre que Valorant dans ta vie, ça devient très dur mentalement. Tu ne penses qu’au jeu, et vu que tu ne penses qu’au jeu, tu te mets en mode auto-pilote. Donc tu es moins créatif ou moins lucide dans tes décisions. Maintenant, il y a des jours où je vais à la salle, d’autres où je marche le matin. Je vais faire en sorte d’avoir du temps avant de commencer mes praccs. Ce qui fait que je mange un petit déjeuner aussi. La nuit, je me laisse un peu de temps pour moi, où je ne joue pas à Valorant pour ne pas rentrer dans ce cycle.

Sevire : Solary, c’était ma première expérience avec beaucoup de fans qui me soutenaient. Au début, je trouvais ça grave cool, avec plein de gens qui mettaient des commentaires ou réagissaient à mes posts. Mais le plus important, c’est que je veux traiter tout le monde comme des gens normaux. Je ne veux pas me prendre pour une star. C’est très cool d’avoir beaucoup de fans et de soutien. Ça peut vraiment jouer en tant que sixième joueur dans une équipe. Mais il ne faut pas que ça t’influence, autant dans le bon que dans le mauvais sens, et empêche ta remise en question.

Que ce soit avec Solary, Karmine Corp ou Mandatory, les communautés sont hyper gentilles. Quand tu vois tous les commentaires de soutien quand tu perds un match, il ne faut pas que tu te reposes sur ça en te disant que quoi qu’il arrive les fans seront toujours là. Personnellement, je n’ai jamais eu de mauvaises expériences avec des fans. Même chez Mandatory, je m’attendais à des “qu’est-ce que vous faites les gars” après les PlayOffs. Surtout que c’était le dernier split pour les VCL France et qu’on n’a pas ramené le trophée.

Sevire : Quand j’ai posté le tweet, je savais qu’il y allait avoir une réaction. Limite c’est moi qui ai demandé ça. Je me dis que ça fait quatre ans que je joue dans la même ligue, à un moment jouer des matchs ça fait partie de la routine. Donc je voulais pimenter un peu tout ça. J’ai pris le risque en me disant qu’en faisant le tweet, si on gagne contre WIP et contre Joblife, bah masterclass. Mais si on perd, perte d’aura totale.

Au final, on n’est même pas allés jusqu’en finale puisqu’on a perdu contre WIP en lower. Donc flop énorme de ma part. Mais c’était tout avec le sourire. J’avais juste peur que mes coéquipiers le prennent mal en mode “pourquoi Sevire il commence à trop parler sur les réseaux”. Mais après ce tweet, j’étais juste concentré sur moi. Le banter, ça reste du banter et de mon point de vue c’est bien pour faire vivre un peu l’esport. Il ne faut juste pas que ça parte dans de vraies insultes.

Sevire : Pour parler en premier du format de cette année, c’était bien mais j’ai trouvé ça un peu compliqué par moment. Pas nécessairement à cause du format, mais à cause du timing en général. On a eu le Stage 1 puis l’EMEA 1, avec beaucoup de temps entre les deux donc ça c’était bien. À la suite des EMEA 1, nous on était en grande finale. Cinq jours plus tard, on doit enchaîner avec le début du Stage 2, avec deux nouvelles cartes dans la rotation et une nouvelle méta. Dans cette période, on a eu très peu de repos parce qu’on avait beaucoup à faire en très peu de temps.

Donc ce qui s’est passé dans les PlayOffs du Stage 2, je ne vais pas dire qu’on s’y attendait, mais ce n’était pas une grande surprise non plus. Je suis déçu parce que je veux être le meilleur et dans l’équipe qui gagne. Mais je suis quand même soulagé de ne pas devoir enchaîner avec les EMEA 2. Là, on va avoir du temps pour préparer correctement l’EMEA 3, qui est le tournoi le plus important pour nous.

Concernant le Path to Champions, je suis content de ne plus avoir d’Ascension et d’avoir l’opportunité de possiblement jouer les Champions. C’est vraiment le rêve de tous les joueurs, autant dans le Tier 1 que le Tier 2, donc je trouve ça super cool. On va essayer de tout faire pour y aller. Si on y arrive, c’est une performance énorme non seulement pour les joueurs mais aussi pour l’organisation qu’est Mandatory. Je trouverais ça hyper drôle que Mandatory n’ait jamais gagné de titre de champion de France mais qu’on arrive à aller aux Champions. Pour moi, c’est dix fois au-dessus. Je suis content qu’on puisse aussi prouver qu’on a notre place à côté des meilleures équipes du monde.

Sevire : Personnellement, pas du tout. Quand j’ai joué avec FNATIC en Corée, je m’attendais à être un peu plus stressé et à ce que ce soit plus difficile. Pendant les six premiers rounds, le stress était un peu là. Petite anecdote, je n’entendais pas dans mon oreillette gauche et je ne m’en étais même pas rendu compte. Mais après ça, sur scène je suis juste concentré sur mon écran devant moi. Je dirais même que je me sens presque plus à l’aise.

En jouant sur scène, tu as tellement d’excitation car tu es à côté de tes coéquipiers, tu vois les adversaires en face, donc ça rajoute tellement de positif. La pression, elle disparaît assez vite. Je ne peux que parler de mon expérience en Corée, car c’est la seule que j’ai connue. Mais quand je jouais contre T1, j’étais tellement concentré sur le match que tous les facteurs extérieurs, tu ne les prends pas en compte.

Le seul truc où j’ai encore du mal, c’est de changer de lieu. Vu que je n’ai pas l’habitude de changer d’environnement, j’ai dû mal à me mettre à l’aise directement. Donc je dois le faire plus souvent. Mais c’est aussi quelque chose qui, je pense, ne m’impacte pas sur le long terme.

Sevire : Ils vont 100% dans la bonne direction avec ce qu’ils prévoient de faire. Ouvrir le circuit, ça va permettre à des équipes mais aussi à des organisations d’investir un peu plus. Quand il y a longtemps, ils avaient annoncé les ligues fermées, je savais que ça allait être dur de pouvoir être un joueur professionnel dans ce milieu. Quand tu es dans le Tier 1, tout est incroyable. Mais quand tu es dans le Tier 2 et essaye de monter, c’est hyper difficile. Il faut tout faire pour rejoindre une des 10 équipes ou alors gagner l’Ascension.

Du coup, voir ce changement, c’est excitant. Après, comme chaque nouveau format, ça ne va pas plaire à tout le monde et il y aura sûrement des soucis. Mais d’avoir ce système plus ouvert où tu peux avoir ces équipes qui viennent de nulle part et domine tout le monde, je trouve ça très cool. J’aime aussi le fait d’avoir les Cups dans différentes villes. Ça fait un peu plus comme sur CS (Counter Strike). Puis voyager, c’est une des choses que j’aime bien en tant que joueur esport. Donc globalement, j’aime bien la direction et la vision qu’ils ont pour l’avenir du jeu.

Sevire : Pas énormément. Je regarde CS de temps en temps parce que c’était mon jeu quand j’étais plus jeune. Tout ce qui est compétitif, je reste sur Valorant, où je regarde beaucoup de matchs de régions différentes. Si je ne regarde pas le match, je regarde au moins le résultat. Je suis vraiment ce mec qui traîne un peu trop longtemps sur VLR. En dehors de quand j’étais chez Karmine Corp où je regardais les matchs LEC parce qu’il y avait beaucoup d’engouement, je reste sur mon jeu.

Sevire : Je ne sais pas si quelqu’un me l’a donné ou si c’est quelque chose que j’ai réalisé de moi-même. Mais c’est de toujours être franc. Vraiment, ne pas parler dans le dos des gens, c’est hyper important. Il y aura toujours des gens qui seront plus copains avec d’autres dans une équipe, mais il ne faut pas que cette dynamique influence les critiques. Si tu commences à dire avec un de tes coéquipiers sur un autre “lui en pracc il était trop nul” ou si des petites conversations à part commence à se créer, c’est pas bon. Si tu as un retour à faire sur la performance de quelqu’un, fait le directement à la personne. Et reste ouvert au débat. Personne n’est toujours à 100% de ses capacités.

Sevire : J’étais chez Wylde et j’allais jouer la finale contre Gentle Mates, qui ont gagné l’Ascension. Et je suis allé en cours d’Allemand pour finir mon bachelor. Parce que si j’étais absent je n’allais pas avoir mon diplôme. Mais j’aurais bien voulu m’échauffer une heure de plus avant ce match parce que j’ai complètement troll la game *rires*.

En étant un peu plus sérieux, il y a des choix d’équipes que j’ai fait après 2023, que j’aurais pu faire autrement. J’avais joué un mois avec GMT, qui ont décidé d’arrêter Valorant un mois après avoir rejoint leur équipe. Donc j’ai perdu un mois de possible entrainement avec une autre équipe, d’avoir plus d’option ou mieux étudier celles que j’avais.

J’ai choisi GMT à la place d’Akroma, où il y avait Road, mon coach actuel. Et ils avaient une très bonne équipe. Donc en choisissant la mauvaise équipe, j’ai perdu beaucoup de temps dans mon off season. Heureusement j’ai pu rejoindre Solary, mais s’ils n’étaient pas là, bah c’était chaud pour moi. En dehors de ça, tous les essais que j’ai fait avec des équipes en Tier 1. J’aurais bien aimé mieux jouer. Mais tout vient à point à qui sait attendre.

Sevire : Franchement, de fou. Quand j’avais douze ans, j’étais fan de ScreaM. Si j’avais su qu’un jour je serais joueur professionnel sur un FPS, je ne l’aurais jamais cru. Même actuellement, je suis fier de moi, car c’est dur d’aller vers ses rêves. C’est un truc que tout le monde sait, mais je trouve qu’encore plus quand c’est un milieu où, si tu n’en fais pas partie, tu ne sais rien dessus.

C’est dur d’expliquer à quelqu’un qui n’y connaît rien que oui, je me fais payer, je fais ça à plein temps, que je joue sur mon ordinateur. Je trouve ça fou la position dans laquelle je suis aujourd’hui. Il y a cinq ans, quand j’ai commencé Valorant, je n’aurais jamais pensé en être là. Aussi, être passé dans des organisations comme FNATIC, Karmine Corp, Mandatory et Solary, tout ça n’existait même pas dans ma tête. Le fait que ce soit finalement ma réalité, ça me rend très heureux.

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