En France, les Golden Hornets (GH) s’imposent comme la plus grande association de supporters, dévouée corps et âme à la structure Team Vitality. À la tête de cette ruche, on retrouve PennyS. De son parcours de fan à son rôle d’aujourd’hui, en passant par l’organisation colossale des déplacements et la place essentielle des femmes dans les tribunes, la présidente dévoile son parcours chez Parlons Esport.
Les origines : de la passion des jeux vidéo aux tribunes
Avant de devenir la figure de proue des supporters de Team Vitality, PennyS a baigné dans l’univers de l’esport dès son plus jeune âge. Cheffe de projet technique et développeuse originaire du sud de la France, la présidente est passionnée depuis plus de 15 ans : « J’ai commencé avec Source en 2010-2011 et je n’ai jamais lâché. J’ai eu quelques pauses pour faire mes études et ça m’a beaucoup manqué. »
Mais lorsqu’elle a enfin pu libérer de son temps personnel pour sa passion, PennyS découvre alors Vitality. « J’étais une grande passionnée de Verygame, forcément il y avait des ex-joueurs de cette équipe chez Vitality CS, donc je m’y suis intéressée et c’est comme ça que je suis revenue via les Golden Hornets. »

La première association d’esport française
Créer une association de supporters dans l’esport n’avait rien d’une évidence. « Les Golden Hornets, ça a été fondé en 2018, donc c’est la première association d’e-sport française et peut-être même mondiale, détaille PennyS. Au départ, c’était juste un groupe de personnes qui étaient totalement fans de Vitality qui ont décidé de se réunir pour aller voir certains tournois. »
Mais au fur et à mesure, ces supporters se réunissaient de plus en plus, jusqu’à ce que l’idée de créer une association émerge. « SuperRoux, Marvin et Tango, trois fans de la structure, se sont réunis et ont fondés l’association, explique la présidente. Ils ont été aidés par Vitality, qui avait remarqué les réunions de fans. Quelque chose d’assez anormal à cette époque. »
Au fil du temps, l’association a participé à plusieurs tournois, le nombre de membres a augmenté, « ils ont fini par créer une très belle organisation pour faire un maximum de déplacements que ce soit en France, ou en Europe pour aller soutenir toutes les équipes. »
Puis SuperRoux a finit par se retirer de la présidence. « Il a décidé de prendre sa retraite, affirme PennyS. Mine de rien, c’est un travail conséquent et il a bien mérité de se reposer, de se focus sur sa vie perso. »
Le rôle de présidente : entre gestion et terrain
« En tant que présidente de l’association, j’ai un rôle de supervision de l’ensemble de la vie de l’association et un rôle administratif : faire les conseils d’administration et les assemblées générales pour régir tout ce qui tourne autour du légal dans l’asso », décrit PennyS.
Accompagnée au bureau par Jérémie, secrétaire de l’association, par Tango, le trésorier, et par un conseil d’administration qui est réélu tous les ans, le rôle de la présidente est également de gérer l’organisation des déplacements. « L’organisation des transports quand on part en Europe, l’hôtel, gérer les membres, tous les documents qu’on doit emmener avec nous, les règlements, les autorisations… »
À côté du voyage, les Golden Hornets doivent aussi faire du bruit une fois sur place : « On a des pôles communication, on a des pôles médias et on a des pôles supporters aussi qui sont responsables de l’animation en arène. » Pour l’instant, c’est la présidente elle-même qui gère la communication de l’association. Mais l’objectif, « c’est de recruter des gens dans ce pôle pour laisser un petit peu la main et participer plus activement au pôle supporter en étant capo ». Surtout lors du Major Counter-Strike de Cologne, où les deux capos officiels ne pourront pas se rendre.

La mécanique millimétrée d’un déplacement
Du choix du tournoi à la confection des tifos, l’organisation d’un déplacement implique des mois de préparation. Une logistique complexe pour garantir la sécurité et l’ambiance. « Au début de l’année, on commence par définir la roadmap pour les 365 jours à venir. On se donne des objectifs de compétition, des équipes à aller voir en fonction de plusieurs choses : le budget, la distance, les dates et parfois même l’autorisation ou non de la présence des associations parce que c’est pas le cas partout. »
Une fois la roadmap définie, il reste à organiser les déplacements avec les organisateurs des compétitions à l’avance. « Grâce à un travail énorme de la part de l’ancien bureau des GH, de nombreux organisateurs comme Blast ou ESL ont confiance en nous et aiment nous recevoir. » Avec eux, l’association de supporters peut donc définir en avance le nombre de places réservées pour les membres et organiser la façon dont celles-ci seront distribuées.
Si on prend comme exemple l’organisation d’un évènement comme le Major de Cologne sur CS2 : « Il va y avoir le transport à gérer en bus aller-retour, plus l’hôtel et l’emploi du temps sur place, tout ça pour plus d’une centaine de personnes. » Entre sécurité, documents à signer, allergies à retenir pour les repas sur place, déplacements une fois dans l’arène… La logistique à elle seule représente déjà un vrai défi pour le bureau.
Montrer une identité unique et innovatrice
Mais ce n’est évidemment pas la seule chose à laquelle la direction doit penser. « Avec le pôle supporter, il y a également toute la DA de l’année et les tifos à préparer, ainsi que les animations et les chants prévus. »
Et bien que les tambours, les chants, les fumigènes, les animations au cortège et les nouveaux drapeaux prennent du temps à être mis en place, le plus difficile pour le pôle supporter, c’est la création de tifos. Pourquoi ? Car ceux-ci sont réalisés à la main. « On tient à faire des choses extrêmement créatives et innovatrices dans l’esport. On ne veut pas seulement imprimer un design, on tient à le faire 90% du temps main, donc c’est beaucoup de travail. »
Pour réaliser ces œuvres géantes visibles dans les gradins des arènes, des sessions de travail sont organisées sur le temps libre des Golden Hornets. « Le week-end prochain je suis en week-end tifo, donc on se retrouve tous ensemble et puis on va peindre, tracer, tout ça, on va tester tout un tas d’équipements, on va préparer les nouvelles animations en arène », détaille PennyS.
Une fois terminés, les tifos sont stockés le temps de finaliser le voyage avec les organisations, les partenaires, parfois même Vitality. Une dernière réunion est réalisée avec tous les participants au voyage, afin de « les prévenir des règles de sécurité, des règles dans les tribunes et des codes vestimentaires, parce qu’on essaye de tous être habillés pareil, liste la présidente. Le jour J, chaque membre du staff sait exactement quoi faire pour permettre à tout le monde de passer un bon évènement. »
Suivre l’équipe dans le monde entier
Actuellement, les Golden Hornets se déplacent sur les évènements situés en Europe essentiellement. « Comme on est une association, ce sont nos adhérents qui payent leur déplacement, explique PennyS. Mais honnêtement, sur les années à venir, ce serait beau d’aller beaucoup plus loin tous ensemble, comme Rio pour CS. »
Et pour perdurer, l’association est toujours à la recherche de nouvelles personnes dans le staff ou de nouvelles idées pour améliorer son organisation. « Ma seule volonté c’est de dire aux gens qui sont fans de Vitality ou d’esport, de venir avec nous, d’aller en arène au moins une fois, de voir des évènements, c’est des moments hors du temps. »
Une association de fans, mais indépendante de la structure
Les Golden Hornets sont totalement indépendants de la structure esportive : « Le but c’était de pouvoir rester indépendant et de prendre nos propres décisions et d’avoir un mot à dire par exemple sur des partenariats qui ne nous plairaient pas, sur des choses qu’on n’accepterait pas et d’avoir cette liberté là de pouvoir s’exprimer. »
Bien qu’au départ, Vitality ait aidé l’ancien bureau à construire l’association car « le système des associations d’esport n’existait pas », aujourd’hui : « On n’est pas assisté par Vitality, on prend nos propres décisions. »
Une volonté d’indépendance qui n’empêche pas les deux partis de collaborer et d’avoir de bonnes relations : « On a quelqu’un chez Vitality qui est dédié à échanger avec nous, à voir ce qu’on peut faire ensemble dans l’année. » Ce lien a d’ailleurs pu donner naissance une collection de vêtements Vitality x Golden Hornets l’année dernière par exemple.
Une collection créée par les fans et pour les fans !
— Team Vitality 🐝 (@TeamVitality) July 16, 2025
L’ADN Vitality, repensé par les @GoldenHornets 🐝 pic.twitter.com/DQk1nCFwQ3
S’imposer en tant que femme à la tête d’un groupe de supporters
Dans un milieu souvent perçu comme très masculin, l’ascension de PennyS s’est faite par la passion et le travail, brisant les stéréotypes avec naturel. « Je me suis investie, j’ai proposé des choses, j’ai proposé des idées, des déplacements indépendants, de bosser avec eux les idées et donc c’est venu très naturellement de la part de l’ancien bureau et de l’ancien conseil d’administration de m’intégrer sur des responsabilités de plus en plus importantes. »
Par son implication dans la vie de l’association, PennyS a gravi les échelons de la manière la plus logique. Elle est arrivée en tant que fan, a évolué en tant que membre active de l’association, s’est faite des amis au sein des GH, puis lors de la retraite de l’ancien président, SuperRoux, « après plein de discussions, notamment avec Tango qui était là depuis longtemps, il m’a proposé de reprendre l’association ».
Et la nouvelle présidente n’a pas longtemps hésité. « J’ai tout de suite accepté car, honnêtement, les Golden Hornets représentent une énorme partie de ma vie et j’y tiens énormément. »
Sécurité, inclusion et banalisation
En tant que présidente de l’association, PennyS compte bien perpétuer l’inclusion féminine qui était mise en place par l’ancien bureau. « L’objectif c’est que toutes les filles puissent venir même sans être accompagnées. Dans un monde où les femmes doivent sans arrêt se poser la question « est-ce que je suis en sécurité si je vais toute seule dans un stade ? » Je veux que la réponse simple soit « oui » et que ce ne soit même plus une question. »
L’association a donc mis en place un WhatsApp de groupe réservé aux femmes, des chambres d’hôtels réservées aux femmes pendant les déplacements ou encore des places proches du staff dans le stade et dans le bus pour qu’elles se sentent à l’aise.
Pour favoriser cette inclusivité, « on essaie de mettre en avant les femmes dans nos contenus pour dire : « allez-y, amusez-vous, tenez des drapeaux, tenez des fumigènes, chantez comme des malades, profitez de votre passion sans que le genre ne soit une question » ».
Dans cette mise en avant des femmes sur les réseaux et aux évènements, PennyS à un objectif clair : normaliser leur présence. « On est peut-être moins de femmes impliquées dans les associations d’esport, on est peut-être un peu moins dans les jeux de type FPS, de type MOBA comme LOL, mais nos actions existent pour mettre en avant les femmes qui font ça et pour attirer d’autres femmes voire même des jeunes filles qui ont déjà la passion des jeux vidéos. »
Le mot de la fin : oser s’impliquer et vivre la magie de l’arène
Si vous êtes fan de Vitality ou d’esport tout simplement : « Osez venir nous voir, affirme PennyS. Que ce soit le conseil d’administration, le bureau ou moi, on est toujours à l’écoute des nouveaux projets, à l’écoute des personnes qui sont motivées et fans d’esport. »
Arrivée chez les Golden Hornets, la présidente ne connaissait personne non plus. « J’ai débarqué à un LFL Days à Nice, seule, sans parler à personne. Et le premier déplacement auquel j’ai participé, j’ai commencé par me sentir seule. Puis c’est en discutant avec des personnes pendant l’évènement, en ayant envie de m’impliquer dans le streaming, la création de nouveaux évènements, en proposant mon aide que finalement tout est devenu très naturel et que je me suis fait plein d’amis. »