L’année n’est pas simple pour Evil Geniuses qui cherche encore une première qualification à un évènement international. Ce Stage 2 ne leur facilite pas les choses : l’équipe américaine est en Play-Ins et va devoir se battre un peu plus pour se qualifier en Playoffs des VCT Americas.
Christine « potter » Chi, première coach féminine à gravir les échelons et gagner un titre de championne du monde en 2023, nous parle de son travail avec l’équipe EG depuis toutes ces années. Elle revient notamment sur ce que c’est d’être coach, les exigences, les demandes, les sacrifices faits pour arriver au plus haut niveau.
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Interview avec Potter, head coach chez Evil Geniuses
Shelila : Le match contre NRG fut difficile pour l’équipe. Quand vous prenez un temps mort, est-ce plutôt afin d’adresser les stratégies ou pour réguler le mental de l’équipe ?
potter : C’est un mélange des deux, une balance. La stratégie est nécessairement une partie importante mais s’il n’y a pas la confiance d’être décisif avec les informations que le joueur a pendant un round, entre la stratégie et les macros de l’équipe, les choses se compliquent. Pour nous, durant ce match, ce souci s’est vu tout de suite.
Lotus était étrange, mais j’aimerai parler de Breeze. Le premier round pistol était un 3 contre 1 que nous avons perdu, c’est après ce genre de défaite que le mental commence à se défaire. C’était un bon test pour nous, une bonne leçon sur le fait d’être plus fort mentalement.
Shelila : Être coach est un job très exigeant. Comment faites-vous la balance entre vie professionnelle et vie personnelle ?
potter : Je dirais que jongler entre la vie professionnelle et personnelle n’est pas possible à ce niveau. Du moins, ce n’est pas quelque chose que je cherche à faire personnellement. Je suis obnubilée par les jeux vidéos et l’esport depuis plus de 20 ans maintenant, c’est ce que je fais entre mon réveil et mon sommeil.
C’est très difficile pour les relations, qu’elles soient romantiques, amicales ou familiales. C’est dur de mettre en priorité ces moments personnels mais ce sont des sacrifices nécessaires pour atteindre le plus haut niveau.
Shelila : Comment gérez-vous le fait d’être proche de vos joueurs tout en gardant une autorité en tant que coach ?
potter : Ce n’est pas facile, c’est sûr. L’une des choses les plus importantes, que je fais avec n’importe quelle équipe dès le début de l’année, c’est de remettre à la page ce que nous faisons ici et quelles sont nos perspectives, si nous sommes tous sur la même longueur d’onde. Je dis toujours à mes joueurs que, s’ils veulent gagner plus que tout, alors nous pourrons travailler ensemble.
Jongler entre la proximité et le professionnalisme avec les joueurs est compliqué. Dans un jeu vidéo, tout le monde pense avoir raison et c’est ce qui mène un joueur à un haut niveau. Le joueur construit son égo, sa confiance en soi, il pense être le meilleur et c’est la beauté du jeu. Mais cet égo peut se mettre en travers d’un groupe dans un jeu autant orienté sur les détails comme l’est Valorant.
Shelila : Vous avez gagné deux titres en 2023 en tant que coach. Pensez-vous qu’il est plus difficile pour les femmes de se faire un nom dans l’Esport ? Quel conseil pourriez-vous donner à toutes ces femmes qui cherchent à entrer dans l’industrie et s’y faire une place ?
potter : C’est un vrai challenge, il n’y a aucun doute là-dessus. L‘esport est un monde féroce. Nous avons des coachs superbes qui continuent de gagner et de se qualifier depuis des années et, sans prévenir, se font sortir d’une équipe. C’est dire à quel point tout le monde veut gagner, notamment cette année. Je n’ai pas toutes les réponses à ces questions. Mais je sais qu’il faut faire des sacrifices, être dédié au métier. Le timing est aussi très important.
Shelila : Vous avez gagné les Champions en 2023 mais, malheureusement, vous n’avez pas encore pu vous qualifier à un évènement international depuis. À votre avis, que manque-t-il à chaque fois ?
potter : Quand je regarde l’histoire de mon équipe, je vois un scénario similaire à celui de 2023. J’ai un jeune groupe, une jeune équipe, des noms que personne ne connaît donc les attentes sont basses.
En 2024, tout mon roster est parti, c’était une année difficile. 2025 s’est finie à deux rounds près d’une qualification à un évènement international, durant la troisième map face à G2. Et, tout comme en 2023, si nous nous étions qualifiés à cet évènement je pense que les discussions auraient été bien différentes.
Cette année n’a pas été simple au début mais je peux assurer que mon équipe travaille durement, et le match que nous avons eu ne définit pas le travail que nous avons fait ces dernières semaines. Nous avons trop réfléchi sur certains points, c’est ma responsabilité, mais nous allons définitivement montrer une autre version de nous pendant les Play-Ins.
Shelila : Comment se passe le recrutement lorsqu’un nouveau joueur arrive dans l’équipe, comme Paincakes en mai 2026 ? La décision est-elle prise collectivement avec les joueurs ou avez-vous la main sur le recrutement, tout en prenant en compte les avis des joueurs ?
potter : Nous prenons en compte beaucoup d’avis. Quand un gros changement de roster se produit, comme celui que nous avons fait en milieu de saison, cela ne vient pas seulement du head coach, c’est rarement le cas. C’est des choses que nous discutons en équipe, des discussions que nous avons pu avoir suite à des problèmes qui ne semblaient pas traitables.
C’est un challenge de faire cela en milieu de saison. De mon avis, lorsqu’un changement de roster est fait en milieu d’année, comme il a pu aussi arriver en 2023, c’est mieux de mettre le nouveau joueur le plus à l’aise possible. Il ne s’agit pas de mettre le joueur sur le rôle qui doit être comblé mais de mettre le joueur en avant. Il faut le mettre à l’aise dans l’équipe si nous voulons cette phase de lune de miel et avoir une bonne cohésion rapidement.
Mais cela dépend aussi, si l’équipe gagne déjà et a un roster bien établi, le nouveau cinquième joueur arrive dans un système préexistant et fonctionnel. Quand Paincakes et zerona nous ont rejoint, c’était un mélange des deux. Il fallait mettre les deux joueurs en avant, leurs capacités mais aussi les aider à comprendre notre système et le travail que nous avons fait.
Shelila : Nous entendons beaucoup parler de l’âge comme facteur dans l’esport, notamment pour les joueurs. Cependant, pensez-vous qu’il est possible d’avoir une carrière professionnelle complète en tant que coach ?
potter : Bien sûr, coach comme joueur. Il y a définitivement des qualités qui viennent avec l’âge et la maturité, une forme de compréhension du monde et des expériences, des choses importantes qui ne s’achètent pas. Mais je connais tellement de jeunes coachs dans la scène Valorant qui ont tellement de connaissances et, si une chance leur est donnée, seraient merveilleux à ma place.
Personnellement, je vais bientôt avoir 40 ans, j’ai l’impression que cela à ses avantages. Avoir été dans la scène pendant si longtemps a ses avantages mais, en même temps, il y a tous ces coachs en Tier 2 qui ont la vingtaine et qui sont incroyables. Alors c’est dur à dire, je n’ai pas réellement penser au facteur de l’âge concernant les coachs.
Shelila : Quel est l’aspect le plus demandant pour un coach, que d’autres ne peuvent pas toujours voir d’un point de vue extérieur ?
potter : Je pense que le plus dur quand nous sommes coachs, c’est de voir à quel point ce rôle est sous-estimé. C’est normal, les joueurs sont ceux qui sont au centre de la scène. C’est compliqué de dire quel aspect ne se voit pas. Je dirais que ce rôle prend beaucoup de temps dans une journée. Il y a tellement de VODs à regarder, mes journées complètes tournent autour de 10 heures à regarder des VODs et cela n’inclut pas le reste du temps à réfléchir. C’est le plus gros dans un rôle de coach je pense.
Les joueurs travaillent le jeu tandis que, pour le coach, c’est énormément de temps à regarder, c’est bien plus de temps qu’un joueur. Les joueurs ont besoin d’un temps de repos tandis que, de tous les coachs que je connais ou à qui j’ai pu parler, ils passent tous des heures à regarder des VODs jusqu’au petit matin. Ils préparent la journée suivante, c’est énormément de temps.
Où suivre le Stage 2 des VCT Americas 2026 ?
Pour suivre tous les matchs de votre équipe préférée, la compétition est diffusée sur la chaine twitch officielle de Valorant. Vous pouvez également retrouver les résultats et classements chaque semaine sur notre compte Twitter (X).