Clap de fin pour Natus Vincere : leur saison 2026 s’achève après une défaite face à Team Heretics dans le Lower Bracket des Play-ins sur le score de 2-1.
Entre une nouvelle position dans le coaching staff et un bon nombre d’imprévus, Kyrylo « ANGE1 » Karasov nous partage une analyse à chaud de cette année mouvementée pour NAVI. Il revient sur ses premiers pas de coach, nous raconte les coulisses de ce rôle ainsi que les efforts de l’équipe pour s’adapter aux changements de dernière minute.
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Interview avec ANGE1, head coach chez Natus Vincere
erinie : Comment vous sentez-vous suite au match d’aujourd’hui ? Et par rapport à ce Stage 2 au global ?
ANGE1 : C’est un sentiment particulier que je ressens actuellement. En ce moment, je me repasse les choses qui se sont bien passées, celles qui se sont mal passées, et tout cela tourne dans ma tête. Par exemple, sur les trois derniers matchs, nous avons eu trois joueurs qui ont eu des problèmes de santé, et je n’arrive pas à savoir quels pourcentages de rounds perdus sont dus à cela.
Avant la dernière carte, hiro a aussi eu une urgence médicale et j’ai failli jouer à sa place. On m’a même donné un ultimatum en me disant que s’il n’était pas revenu dans la minute, je devais monter sur scène et jouer. Nous avons dû composer avec beaucoup d’obstacles en dehors du jeu. C’est compliqué de réellement se situer par rapport à tout cela. Mais il est clair que ce Stage 2 a été une catastrophe.
erinie : Vous avez procédé à plusieurs changements de composition récemment. Pour ce match, ExiT est passé de Waylay à Phoenix, et Ruxic est passé de Omen à Astra par exemple. Pourquoi avoir effectué ces changements ?
ANGE1 : Pour ce qui est d’Astra, nous l’avions prévue pour les deux cartes jouée aujourd’hui. Ce qui a motivé le reste des changements est l’arrivée de Kolosha dans notre équipe. Nous avons donc dû nous adapter en fonction. En ce qui concerne Phoenix, c’est un agent qui convient vraiment bien à ExiT. Dès que nous l’avons testé, j’ai immédiatement vu que le potentiel et honnêtement, je suis extrêmement content de la performance qu’il a délivrée aujourd’hui.
erinie : Cette décision a-t-elle été prise par l’équipe ou par vous personnellement ?
ANGE1 : Nous explorons toujours collectivement nos différentes options et l’arrivée de Kolosha n’a pas modifié cette façon de procéder. Nous discutons tout en équipe et je suis là pour prendre la décision finale. Dans ce cas, la moitié de l’équipe était pour et j’étais d’accord avec eux.
erinie : Les cartes étaient très serrées aujourd’hui. Quand vous demandez une pause tactique dans ces moments – par exemple sur Haven lorsque le score est de 12-11 – que dites vous aux joueurs pour qu’ils puissent clôturer le match ?
ANGE1 : Je leur ai dit de simplifier leur jeu. Durant la phase d’attaque, chloric menait très bien l’équipe mais quand nous sommes arrivés au score de 11-11, il a commencé à compliquer un peu trop les choses. Il me semble que nous avions deux ultimates à ce moment, je lui ai donc demandé de faire au plus simple et de viser le site A. Il fallait décomplexifier le jeu pour ce dernier round.
erinie : Plus globalement, vous avez eu un certain nombre de changements de joueurs cette année. Récemment, Cyvoph a dû laisser sa place à Kolosha, par exemple. Comment avez-vous réussi à vous adapter au départ et à l’arrivée de nombreux joueurs ?
ANGE1 : Le public a beaucoup mis en avant des allées et venues de joueurs fréquentes chez NAVI alors qu’en réalité, nous avons uniquement eu deux gros changements durant l’année : une fois après le Kick-off et une fois avant le Stage 2. Le reste n’était malheureusement pas de notre ressort et s’y adapter a été presque impossible. Nous avons juste essayé de faire de notre mieux avec les circonstances mais nous n’avons pas réellement réussi.

erinie : Cette année marque également votre première saison dans le rôle de coach. Aviez-vous des attentes particulières avant de vous lancer dans cette aventure ?
ANGE1 : Honnêtement, je pensais que ce serait un peu plus facile mais il se peut que cela soit lié au fait que mon année a été plutôt compliquée. J’ai passé beaucoup de temps à gérer des événements qui n’étaient pas liés au jeu : parfois quelqu’un est malade, parfois c’est autre chose. Nous devons nous adapter à tout et ce n’est pas évident.
Comme l’année compétitive est terminée pour moi, je vais pouvoir prendre une pause pour revenir sur cette saison. Évidemment, il y a beaucoup de choses que j’aurais pu faire mieux et d’autres que je n’ai sans doute même pas pu aborder. Mes attentes étaient plus hautes que ce que j’ai pu montrer, mais au final, toute expérience est bonne à prendre.
erinie : À quel point ce rôle de coach est-il différent de celui de In Game Leader ?
ANGE1 : Pour moi, c’est à la fois très similaire et très différent. Quand j’étais IGL, je participais déjà énormément à la préparation du plan de jeu de l’équipe. Ce que je dois maintenant faire, c’est arriver à compter sur l’IGL pour amener ces stratégies en jeu, et je dois saluer la performance de chloric. Il a fait un travail phénoménal pour sa première expérience de leader dans le Tier 1. Je suis impressionné par sa capacité d’adaptation et la rapidité avec laquelle il apprend. Selon moi, chloric sera l’un des meilleurs IGL du monde dans un an.
Ce qui est particulier dans ce rôle de coach, c’est la multitude de responsabilités qui reposent sur moi. Je dois par exemple m’assurer que chacun comprenne bien ce que j’attends d’eux, réfléchir à comment jouer contre certaines équipes ou encore construire le processus d’entrainement en fonction de nombreux facteurs. Ces aspects diffèrent des missions du rôle d’IGL, mais il y a tout de même des similitudes.
erinie : Le public en apprend de plus en plus chaque jour sur les coachs et leurs calendriers surchargés. À quoi ressemble une journée type pour vous ?
ANGE1 : Honnêtement, je m’attendais à avoir une ambiance de vacances après avoir joué pendant tant d’années, mais ce n’est absolument pas le cas. Il faut en permanence être à jour sur l’entrainement et se préparer pour le match officiel suivant. Pour cela, il faut étudier les replays pour essayer de comprendre quels systèmes ou quels rounds fonctionnent mieux, parfois ajuster des stratégies ou même en ajouter des nouvelles.
En effet, un poste de coach demande au minimum 12 heures de travail par jour. Je ne dirais pas que je travaille plus qu’un joueur car ils doivent aussi s’entrainer de leur côté en plus des moments de préparation en équipe. Par contre, les joueurs ont la possibilité de s’amuser sur le jeu pendant ces moments de travail en solo. Du côté des coachs, il faut toujours se préparer pour le lendemain et s’assurer que tous les problèmes potentiels seront évités.
erinie : Il y a beaucoup de discussions concernant l’âge des joueurs professionnels. Certains pensent qu’à un certain moment, il faudrait savoir prendre sa retraite. Vous étiez le joueur le plus âgé de la ligue en 2025, pensez-vous donc que c’est un facteur déterminant ? Et pour les coachs, l’âge est-il également important ?
ANGE1 : Non, je ne pense pas que l’âge joue un rôle si important, en tout cas pas jusqu’à 40 ans. L’âge est une variable dans le sens de la mentalité : au fur et à mesure que vous grandissez, votre façon de penser et vos priorités évoluent. Au bout d’un moment, vous n’êtes plus un jeune qui veut uniquement jouer au jeu 24h sur 24h sans se soucier du reste.
Je pense que c’est un élément qui influence les joueurs, mais pas forcément au niveau physique ou mécanique comme on pourrait le penser. Il est aussi possible de perdre un peu de motivation avec le temps car une expérience de 15 ou 20 ans dans le jeu vidéo, c’est exigeant. Mais globalement je ne pense pas que l’âge doive être une restriction pour un joueur professionnel. Pour ce qui concerne le rôle de coach, je considère que c’est plutôt l’inverse : plus le coach a accumulé d’expérience, mieux c’est.
erinie : Avez-vous des conseils pour des jeunes qui souhaiteraient devenir joueur ou coach sur Valorant ?
ANGE1 : En ce qui concerne les joueurs, il faut jouer un maximum et surtout trouver rapidement une vraie équipe. Peu importe le niveau, il faut commencer à apprendre en collectif et faire l’expérience du jeu en équipe le plus tôt possible. Jouer en solo est évidemment très utile pour travailler ses mécaniques et comprendre le jeu, mais avoir une équipe et essayer de gagner ensemble, c’est complètement différent. Et pour ceux qui voudraient devenir coach, laissez tomber. Ne faites pas ce travail.
Où suivre le Stage 2 des VCT EMEA 2026 ?
Pour suivre tous les matchs de votre équipe préférée, la compétition est diffusée en français sur la chaine twitch officielle de Valorant. Vous pouvez également retrouver les résultats et classements chaque semaine sur notre compte Twitter (X).