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Reshiram : comment un joueur français Rocket League s’est retrouvé au cœur de l’écosystème universitaire américain ?

Reshiram, joueur Rocket League d'Indiana Tech. Aux côtés de Bluey et velocity
Une brève immersion au sein de l'écosystème universitaire américain et du Collegiate Rocket League (CRL). Des airs de rêve américain ?

Les suiveurs assidus de l’esport Rocket League l’ont remarqué : depuis quelques années, de nombreux joueurs professionnels très implantés dans la scène RLCS européenne ont déserté le Vieux Continent pour rallier les États-Unis et donc la scène RLCS nord-américaine. Par exemple, RelatingWave, Simas, arju, tous ex-joueurs européens habitués des main events, jouent actuellement au pays de l’Oncle Sam et obtiennent régulièrement de bons résultats lors des Opens NA. Ces exilés esportifs arrivent même, de temps en temps, à titiller les meilleures équipes étatsuniennes. Mais ça, tout le monde le sait.

Ce qui, en revanche, est moins connu, c’est le fait que ces joueurs émigrent aux États-Unis pour intégrer des programmes académiques spécialisés dans l’esport Rocket League et pour participer au championnat universitaire américain : le Collegiate Rocket League (CRL). Étudier et jouer à Rocket League, une perspective qui a des airs de rêve américain et qui attire toujours plus de talents. Parmi eux, Reshiram, un jeune joueur français membre du programme universitaire esport d’Indiana Tech, a accepté de répondre à nos questions afin de nous éclairer sur ces cursus académiques et les raisons de l’attractivité exponentielle des États-Unis. Ceci étant dit, partons à la découverte de ce nouvel Eldorado des joueurs Rocket League.

Reshiram, le profil type du joueur européen exilé aux States ! 

Enzo « Reshiram » Morin, 20 ans, est un aficionado de Rocket League depuis les premières heures – depuis les fameuses vidéos de Squeezie en 2015. Après une longue carrière de freestyleur, et voyant qu’il était plutôt bon au jeu, il décide de s’intéresser à la compétition et rejoint donc la scène bubble européenne. Lors de la saison RLCS 2025, il réalise quelques performances intéressantes, quelques main events et, notamment, un top 8 dans la région Afrique Sub-saharienne (SSA). « Avec ces résultats, plusieurs universités aux États-Unis étaient intéressées par mon profil pour jouer les CRL », explique le jeune franco-polonais. Ce sont donc les universités qui démarchent les étudiants dans la plupart des cas.

Parmi toutes les écoles qui l’ont chassé, Reshiram a jeté son dévolu sur Indiana Tech et a déménagé aux États-Unis, à Fort Wayne dans l’Indiana, pour rejoindre cette université privée. Là-bas, il étudie et participe aux CRL avec le roster officiel de son université aux côtés de Bluey et Velocity. « En rejoignant une université, il ne faut pas s’attendre à jouer uniquement à Rocket League », précise le jeune homme. « Nous sommes avant tout considérés comme des étudiants-athlètes. Personnellement, je fais un bachelor en Communication, Sports et Média. C’est un diplôme qui dure quatre ans et les frais de scolarité s’élèvent à 34 000 dollars », continue-t-il.

Reshiram, Velocity et Bluey. Tous joueurs de l'équipe universitaire d'Indiana Tech.
Le roster d’Indiana Tech sur Rocket League avec Bluey (à gauche), Velocity (au centre) et Reshiram (à droite).

Les cours dispensés semblent somme toute assez classiques. Par conséquent, il paraît logique de se demander quel est l’intérêt de s’exiler aux États-Unis pour suivre un cursus universitaire onéreux et assez similaire aux programmes français. Est-ce que le fait de participer aux CRL fait vraiment une grosse différence ? À ces interrogations, Reshiram répond : « Grâce à Rocket League, j’ai obtenu une bourse complète qui prend intégralement en charge les 34 000 $ de frais de scolarité. L’école me finance cette bourse et, en échange, je représente Indiana Tech sur la scène universitaire Rocket League, en CRL et aux autres LAN ». Il poursuit en attestant que le seul critère d’adhésion à un tel programme est le niveau de l’étudiant à Rocket League. « Plus ton rank est haut, plus ta bourse sera élevée. De mon côté, Indiana Tech m’a approché et m’a directement proposé une très bonne bourse pour les rejoindre. Je n’ai donc pas hésité une seconde puisque le projet était sérieux et ambitieux ».

Des étudiants presque déjà joueurs professionnels Rocket League !

Ainsi, les cours occupent une part importante de l’emploi du temps de notre freestyleur reconverti, mais l’esport n’est pas en reste. Comme évoqué plus haut – et nous y reviendrons juste après –, Reshiram a rejoint Indiana Tech pour participer aux Collegiate Rocket League et y représenter les couleurs de son université. C’est quelque chose de très sérieux outre-Atlantique. Et Indiana Tech, à l’instar des autres universités américaines, prend l’esport au sérieux et, par conséquent, aménage ses infrastructures et ses emplois du temps pour permettre à son roster de performer. « Nous avons des scrims et des coachings de 17 h à 19 h à peu près tous les jours de la semaine pour qu’on se prépare aux différents tournois CRL », précise Reshiram, visiblement très satisfait des dispositifs mis en place par sa faculté.

« Nous avons accès aux infrastructures esport de l’université tous les jours presque 24 heures sur 24. De plus, l’école nous offre l’opportunité d’avoir des coachs spécialisés sur Rocket League (Somber en l’occurrence) et des coachs santé et sport », ajoute le jeune joueur. L’arsenal matériel déployé par Indiana Tech peut sembler disproportionné pour de simples étudiants, mais, en réalité, la fin justifie les moyens. De fait, les CRL, équivalents universitaires des RLCS, sont très suivis en NA (plusieurs milliers de viewers) et le prize pool (près de 40 000 $) est très alléchant. Par conséquent, « beaucoup d’universités investissent dans des joueurs professionnels ou des bubbles pour les CRL, ce qui fait que le niveau est devenu très compétitif. Le top 10 actuel est rempli de joueurs Main Event : GarrettG, Tcorrell, Gyro, Royales, Crispy, Simas, Arju, RelatingWave, Motta, hockser, etc. ».

En substance, en fournissant une bourse à ces étudiants athlètes, les universités réalisent un échange de bons procédés. De leur côté, elles récoltent de la visibilité, de la popularité et de l’argent (grâce aux sponsors et au cash prize). Les élèves, quant à eux, engrangent de l’expérience dans l’esport tout en bénéficiant d’un matelas de sécurité avec leur bachelor classique. Grâce aux CRL et aux infrastructures mises à disposition, les joueurs peuvent se professionnaliser et réellement monter en niveau. Toutefois, « il n’y a pas que les CRL. Par exemple, nous avons joué en National Esports Collegiate Conference, en CECC, en WHAC, en NEL et fait plein d’autres LAN universitaires », précise Reshiram. Ce joli bouquet de compétition est donc particulièrement attractif pour les jeunes joueurs désireux de commencer une carrière dans l’esport.

Reshiram joue contre NRG, champion du monde en titre, en RLCS et inscrit un but magnifique, démontrant que son entrainement CRL porte ses fruits.

Parallèlement à son programme académique, Reshiram a le droit de participer aux RLCS. « L’entraînement CRL dont je bénéficie m’aide beaucoup pour les RLCS. Pour ma première saison, j’ai pu atteindre le day 3 quatre fois, en faisant même un joli top 17. Actuellement, j’ai des tryouts avec du beau monde, comme Andy, un ancien joueur de Dignitas. Mon intégration dans la scène NA s’est vraiment bien déroulée », explique le français expatrié. Selon lui, Indiana Tech est un bon tremplin dans sa carrière de joueur car cela lui apporte d’expérience et visibilité au sein de la communauté Rocket League.

L’Europe, un vivier de talents particulièrement ciblé par les universités nord-américaines ?

L’excellence de ces programmes universitaires, en matière d’esport tout au moins, semble désormais indéniable. Néanmoins, une question reste sans réponse : comment expliquer que des étudiants soient prêts à traverser l’Atlantique, à changer de continent, pour rejoindre ces universités ? La réponse est simple comme bonjour. C’est parce qu’il n’existe aucun programme similaire mettant à l’honneur l’esport en Europe. « Les tournois CRL n’existent pas en Europe et en France. L’Europe est clairement en retard sur ce point », assume Reshiram. Il y a bien quelques tournois universitaires en Europe, comme UniRocketeers mais, considérant leur petitesse et leur faible légitimité, ils ne peuvent être mis en équivalence avec les cursus étatsuniens.

Plus globalement, il y a, en Europe et surtout en France, un important déficit d’investissement par rapport aux États-Unis vis-à-vis du sport universitaire. Là-bas, le College Football, la ligue universitaire de football américain, est quasiment aussi développé et suivi que la NFL. C’est la même logique pour l’esport. Alors qu’en France, ce secteur est encore considéré avec mépris par une grande majorité de la société civile, aux États-Unis, le sport électronique et ses acteurs sont intégrés dans les programmes athlétiques et reconnus comme légitimes. « Dans tous mes cours, lorsque je me présente, les gens sont impressionnés par le niveau de notre équipe Rocket League. Ils nous respectent beaucoup. Même le président de l’Université et le département athlétique nous aiment bien », atteste Reshiram.

Ce bel alliage de reconnaissance institutionnelle et de moyens mis en œuvre se présente donc comme une opportunité en or pour tout un panel de joueurs Rocket League européens. Ceux dont la carrière est légèrement sur la pente descendante, ceux qui n’ont pas eu la chance de signer dans une structure professionnelle plus tôt, ceux qui souffrent trop de la concurrence impitoyable en Europe. Pour ceux-là, l’export aux States est le moyen de commencer (ou continuer) une carrière dans un environnement cadré, plus sécurisé et adapté à leur demande.

Arju, RelatingWave et Speed remportent le Spring 2026 CRL pour Maryville. Crédits : Rocket League Esports
Arju (italien), RelatingWave et Speed (anglais) remportent le CRL Spring 2026. Tous, anciens joueurs professionnels en Europe, s’épanouissent désormais aux États-Unis.

On comprend mieux pourquoi certains européens sont séduits par cet Eldorado yankee. Mais ce sont surtout les universités elles-mêmes qui sont séduites par ces profils européens. « Tout le monde sait que les joueurs EU sont meilleurs que les NA », ironise Reshiram. Il poursuit en attestant que « toutes les écoles ont un budget pour recruter des joueurs. Elles l’utilisent donc pour ramener des européens passionnés qui veulent gagner et poursuivre leurs études aux États-Unis afin de vivre l’american dream ». Les universités profitent ainsi d’un certain soft power pour drainer les talents du Vieux Continent et, ainsi, espérer combler leur relatif retard sur Rocket League.

L’existence de tels programmes aux États-Unis démontre leur volonté de devenir un leader mondial en matière d’esport. Et cela ne semble pas prêt de s’arrêter. « Les CRL continuent de grandir année après année et beaucoup de gens veulent vivre le rêve américain. Ainsi, les USA sont une destination idéale pour les joueurs Rocket League qui souhaitent continuer leur carrière dans l’esport et avoir un diplôme par la même occasion ». Le jeune franco-polonais est catégorique : ce double cursus va continuer à attirer toujours plus de talents européens et du monde entier. Finalement, peut-être qu’en 2026, l’american dream a encore de beaux jours devant lui.. en tout cas pour les joueurs Rocket League.

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