Ce mur, ce sont les Golden Hornets. Bien plus qu’un simple groupe de supporters, ils sont devenus au fil des années une véritable institution dans le paysage esportif mondial. À l’heure où le secteur se professionnalise de manière exponentielle, la relation fusionnelle et structurée entre le club français et son association de fans s’impose comme un modèle inédit.
Pour comprendre les coulisses de cette synergie et l’impact de ce mur jaune, Amélie Canet, Strategy & Brand Development Director chez Team Vitality, a accepté de répondre à nos questions.
2018-2023 : Genèse et envol de l’Essaim
Avant d’être la machine de guerre que l’on connaît aujourd’hui, l’histoire des Golden Hornets a débuté par l’initiative d’une poignée de passionnés. C’est officiellement le 14 juin 2018 que l’association (loi 1901) voit le jour. Impossible d’évoquer cette genèse sans mentionner des figures fondatrices comme SuperRoux. Visage emblématique et « capo » historique, il a su, avec le bureau de l’époque, importer les codes du supportérisme traditionnel (mégaphones, tambours, chants) et insuffler l’énergie nécessaire pour fédérer les premiers irréductibles.

Au fil des années, les dizaines de membres se transforment en centaines. Le V-Hive, quartier général de Team Vitality en plein cœur de Paris, devient le lieu de rassemblement naturel des fans pour les « Viewing Parties ». Mais c’est dans les tribunes que la légende s’écrit, et l’association franchit un cap monumental en mai 2022. Lors du PGL Major d’Anvers, en Belgique, l’essaim jaune et noir s’exporte massivement. Ce déplacement revêt une importance capitale pour l’histoire des GH : il prouve au monde entier leur capacité à se structurer et à mobiliser des centaines de supporters au-delà des frontières de l’Hexagone, tenant tête aux autres publics européens.
Le point d’orgue de cette montée en puissance, le moment de bascule définitif, survient un an plus tard, en mai 2023. Lors du BLAST Paris Major sur Counter-Strike, organisé à l’Accor Arena de Bercy, plus de 300 ultras des Golden Hornets s’emparent des gradins. Dans une ambiance assourdissante qui fera le tour du monde, Team Vitality est sacrée championne du monde à domicile. L’esport vient de comprendre définitivement le pouvoir du « sixième homme ».
De la passion spontanée à une structuration professionnelle
L’époque des rassemblements improvisés dans les gradins est révolue. Pour accompagner la croissance de Team Vitality, les Golden Hornets ont dû se réinventer et adopter un fonctionnement digne des plus grands groupes ultras du sport traditionnel. L’association a considérablement gagné en structure et bénéficie aujourd’hui d’un statut officiel reconnu par tous les acteurs du milieu.
« Cette formalisation et l’émergence d’autres structures dans le secteur favorisent un cycle de renouvellement constant et positionnent l’association comme un exemple à suivre », nous explique Amélie Canet.
Le club observe d’ailleurs un changement de paradigme global : les organisateurs d’événements (comme BLAST, ESL ou Riot Games) renforcent de plus en plus la valorisation des fans dans leur stratégie de développement, conscients que l’ambiance en salle est devenue un produit d’appel majeur.
Pour que cette collaboration fonctionne au quotidien sans aucune friction, Team Vitality a mis en place une organisation interne sur-mesure.
« Afin d’optimiser la collaboration entre les Golden Hornets et Team Vitality, nous avons en interne un référent Golden Hornets », détaille la directrice.
Ce poste clé agit comme un facilitateur des échanges entre l’association, la direction du club et les organisateurs de tournois, assurant une communication fluide et régulière. En parallèle, les Community Managers de la structure entretiennent un contact permanent avec les cadres des GH. L’objectif ? Se coordonner sur les annonces importantes et mettre en lumière la ferveur des supporters lors des événements majeurs.
Le calendrier sportif : une influence indirecte mais puissante
Si les Golden Hornets sont incontournables, dictent-ils pour autant l’agenda de l’équipe ? Amélie Canet tient à préciser la nuance : « La sélection des compétitions auxquelles nous participons n’est pas déterminée par la présence ou les spécificités des Golden Hornets. »
Le projet sportif reste le seul maître à bord. Cependant, la présence de cette communauté organisée change radicalement la manière dont le club vit ces événements. « Nous privilégions l’organisation d’activations pour les compétitions où nous savons une forte présence de fans sur place. »
L’existence des GH transforme les déplacements en véritables événements communautaires (fan zones, marches vers le stade, rencontres). Cette logistique devient alors un levier de motivation extraordinaire, non seulement pour les joueurs sur le serveur, mais aussi pour les équipes internes de Vitality qui voient le résultat concret de leur travail.

PennyS : un leadership fédérateur au service de l’inclusion
L’un des aspects les plus remarquables des Golden Hornets réside dans sa gouvernance. À la tête de ce groupe d’ultras d’une envergure rare dans l’esport, on retrouve une femme : PennyS. Dans un milieu compétitif et des tribunes historiquement très masculines, sa présidence est un symbole fort.
Une réalité qui résonne profondément avec l’ADN de la structure. « Pour Team Vitality, la représentation féminine dans l’esport est une cause importante et dans laquelle le club s’engage à plusieurs niveaux, depuis de nombreuses années », rappelle Amélie Canet, citant avec fierté ses équipes 100% féminines comme le roster MLBB (Mobile Legends), les Rising Bees (League of Legends), ainsi que sa joueuse professionnelle sur Tekken, Neia.
Dans cette dynamique, voir PennyS présider l’association est perçu comme « un signe très encourageant d’une tendance en pleine évolution ». Mais l’organisation est catégorique : il ne s’agit en aucun cas d’un choix par défaut ou d’une opération de communication. « Il est important de rappeler que PennyS n’a pas été élue parce que c’est une femme, mais bien pour sa capacité à rassembler et son implication dans l’association depuis plusieurs saisons. », insiste la directrice.

Avant de prendre la présidence, elle officiait en tant que secrétaire des GH, prouvant son dévouement sur le terrain. Sa nomination s’inscrit dans la continuité des efforts du groupe de supporters pour impliquer davantage de profils féminins. Avec les autres membres du bureau, elle a toujours milité de manière proactive pour que les femmes membres puissent « se sentir le plus en sécurité possible » lors des événements et des déplacements, instaurant un climat de respect indispensable.
Le « sixième homme » : un atout psychologique et stratégique
Au-delà de l’image, quel est l’impact réel des chants, des tambours et des déplacements massifs sur les résultats ? Pour les joueurs, cette intensité n’est pas qu’un simple fond sonore, c’est un véritable carburant. « La présence des supporters constitue une source d’encouragement tangible pour les joueurs », confirme Amélie Canet.
L’importance de ce soutien est d’ailleurs systématiquement mise en avant par les athlètes eux-mêmes. Certains grands noms passés et présents de la structure, à l’image de Chronicle, d’Apex ou encore du coach emblématique XTQZZZ, ont régulièrement souligné en interview leur impatience féroce de jouer une compétition devant leur public.
Cette ferveur transcende le simple cadre du match. « Certains joueurs, à l’image de Zen, instaurent une véritable interaction avec la foule, renforçant ainsi une relation authentique », détaille-t-elle.
L’engagement s’étend également au monde numérique, avec une interaction constante entre les joueurs et les GH sur les réseaux sociaux. Cette connexion proactive apporte un renforcement positif essentiel, aidant les joueurs à forger un mental d’acier en amont des rencontres et à garder la tête froide pendant la compétition.
Toutefois, cet écosystème passionné a également un poids économique. Auprès des sponsors et des nouvelles recrues potentielles, les Golden Hornets sont devenus un argument qui pèse lourd. Ils sont au cœur de la relation client-marque et prouvent aux partenaires que Team Vitality n’est pas qu’une simple entreprise, mais une véritable famille capable de mobiliser les foules.
2025 : Quand les fans dessinent l’histoire du club
La consécration de ce respect mutuel se lit jusque dans la boutique officielle de l’équipe. Si une première collection de vêtements co-brandée avait posé les bases en 2021, les deux entités ont décidé de passer à la vitesse supérieure.
En 2025, désireux de remercier l’association pour son engagement indéfectible, Team Vitality a fait un choix fort en déléguant la direction artistique à ses supporters : « Le club a soutenu le développement d’une collection de merchandising dédiée aux Golden Hornets avec leurs idées et leurs designs. »
Une marque de confiance rare dans l’industrie du sport. Pour couronner cette initiative et en faire une date marquante, le club a organisé une journée d’activation spéciale au V-Hive, le quartier général et lieu de vie de Vitality à Paris. Le reveal de cette collection a été pensé pour offrir « un événement unique pour les membres », scellant un peu plus le pacte qui unit les joueurs à ceux qui les portent.
Une collection créée par les fans et pour les fans !
— Team Vitality 🐝 (@TeamVitality) July 16, 2025
L’ADN Vitality, repensé par les @GoldenHornets 🐝 pic.twitter.com/DQk1nCFwQ3
En conjuguant la folie des tribunes à une exigence d’inclusion et de professionnalisme, les Golden Hornets et Team Vitality écrivent ensemble un nouveau chapitre de l’histoire du sport. Un chapitre où le public n’est plus un simple spectateur, mais le cœur battant du succès.